Nicaragua : Pour un travail et des conditions dignes pour toutes et tous dans les zones franches

Au Nicaragua, les maquilas sont devenues au fil des ans la principale source de revenus. Jusqu’à 2019, le pays comptait 52 parcs industriels et 226 entreprises, mais en raison de la situation sociale et de la pandémie de Covid-19, des licenciements massifs ont eu lieu et de nombreuses entreprises ont fermé leurs portes sans verser d'indemnités à leurs travailleurs.

Depuis 2020, des centaines de jeunes ont émigré vers d'autres pays (Costa Rica, Mexique, États-Unis, Espagne, Salvador). Avec la perte d'investisseurs dans le pays, la pénurie d'emplois a encore appauvri les ménages qui dépendaient directement de ces grandes chaînes d'approvisionnement mondiales, car beaucoup de ces jeunes n'avaient pas l'éducation professionnelle qui leur aurait permis de trouver d'autres options de travail formel.

En 2021, pour relancer l'emploi dans le pays, de nouvelles zones franches ont été ouvertes, en majorité d'origine chinoise. Elles se caractérisent par les pires niveaux d'exploitation, de discrimination, d'abus et de précarité du travail pour les jeunes travailleurs.

Photo Syndicat 28 de mayo, Commission Genre, YCW Nicaragua

Combattre l'insécurité de l'emploi au risque d'être licencié

Le Nicaragua est un pays où le fait de s'organiser n'est pas un délit. Cependant, à l'instar de ce qui se passe pour les syndicats, les jeunes qui s'organisent sont condamnés à être licenciés par leurs entreprises et à figurer sur des listes noires, ce qui les empêchera d'être embauchés dans d'autres entreprises.

Le travail précaire dans les maquilas est une priorité nationale pour notre mouvement au Nicaragua, qui ne veut pas que le travail dans des conditions d'esclavage se normalise dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.

Photo Syndicat 28 de mayo, Commission Genre, YCW Nicaragua

Le témoignage qui suit résume très bien les conditions de travail déplorables dans les zones franches.

« J'ai commencé à travailler dans la zone franche il y a plus de deux ans, je travaille dans le secteur de la confection. Mon salaire s’élève à 5 936,34 córdobas (170,09 dollars) par mois. J'ai effectué une période d'essai d'un mois, puis j'ai signé un contrat, dont je n'ai pas reçu de copie, et ma firme m’a inscrit à la sécurité sociale. L'entreprise fabrique des jeans et des shorts (de la marque Dickies). Ma journée de travail commence à 7h et se termine à 16h30 (9,5 heures par jour), ce qui est un premier problème : la loi fixe un maximum de 8 heures par jour et de 48 heures par semaine.

Pendant la journée, nous avons droit à 30 minutes pour déjeuner. Souvent, l'employeur nous demande de travailler le week-end (samedi ou dimanche), ce qui pose un deuxième problème : ces journées supplémentaires sont obligatoires vu que les objectifs de production sont trop élevés pour être atteints en travaillant seulement les jours de semaine (du lundi au vendredi). Pour ceux qui veulent étudier le samedi et évoluer sur le plan professionnel, cela constitue une véritable contrainte.

Souvent, ils refusent que nous nous rendions à une consultation médicale et nous devons recourir à l'automédication pour ne pas nous absenter du travail. Au moment du COVID, l'entreprise comptait 12 000 travailleurs. Avec la réduction des postes de travail, la journée de travail s’est trouvée alourdie avec une augmentation du nombre de pièces à produire. La charge de travail est excessive et physiquement épuisante (3500 pièces par ligne). Le niveau de stress est élevé. » - Dylan Hinestrosa, travailleur de zone franche du parc industriel Astro Carton S.A. (firme d'origine américaine)

Photo YCW Nicaragua : Jeune travailleuse de l’entreprise, zone d’inspection de la qualité

Travailler inlassablement pour obtenir des avancées

Les principales revendications des jeunes jocistes sont les suivantes : salaires décents pour tous les jeunes travailleurs, organisés ou non ; paiement des heures supplémentaires; horaires de travail normalisés conformément au code du travail ; stabilité de l'emploi et être bien traités ; liberté de s'organiser ; primes d'encouragement pour l'ensemble de la chaîne, et pas seulement pour le travailleur qui atteint l'objectif ; respect et égalité des chances pour les hommes et les femmes ; fin du harcèlement et de la violence sur le lieu de travail.

Afin d’atteindre ses objectifs, le mouvement travaille sans relâche en recourant à de multiples stratégies et moyens pour garantir l'organisation et la participation des jeunes sur leurs lieux de travail : de la coordination stratégique avec des acteurs et partenaires locaux engagés qui nous permettent d'avancer dans notre travail pour les jeunes, à la création de groupes de jeunes organisés pour développer la formation à travers la tâche éducative jociste afin qu'ils mènent à bien leurs actions transformatrices.

Il met en place des activités, notamment : une campagne nationale sur le harcèlement et la violence sur le lieu de travail ; participation à des réunions avec la commission genre du syndicat ; des espaces de formation et de sensibilisation des jeunes sur les thèmes du travail, du genre, du leadership des jeunes ; des outils organisationnels ; des enquêtes (cartographie générale des transnationales, y compris du traitement des matières premières, des propriétaires, des marques) ; des visites de suivi ; participation à des forums en tant que mouvement ouvrier. Autant d'activités qui visent à former les jeunes à leurs droits et à renforcer leur leadership et leur motivation à agir dans leur environnement et sur leur lieu de travail.

Photo YCW Nicaragua : Activités avec des jeunes

Se coordonner avec des partenaires stratégiques pour accomplir une tâche titanesque

Notre mouvement au Nicaragua ne pourrait mener à bien sa mission sans travailler en réseau avec d'autres organisations. Cela demande un effort collectif. Ensemble, ils définissent des lignes de travail communes et créent des espaces de renforcement. Ils mettent en place des espaces de formation au leadership et à l'action politique pour les jeunes. Ils offrent des services de consultance et d'accompagnement aux jeunes qui dénoncent des violations des droits du travail et des pratiques violentes. Ils participent collectivement à des espaces de plaidoyer. Ils créent des espaces d'animation organisationnelle tant pour le mouvement ouvrier que pour leurs partenaires stratégiques.

Photo partenaire syndical et YCW Nicaragua : Conférence de presse

Poursuivre le travail à long terme

Le mouvement au Nicaragua continuera à sensibiliser à la fois les travailleurs à leurs droits du travail et les décideurs, à mener un travail de plaidoyer auprès des gouvernements locaux afin d'améliorer les conditions de travail des jeunes travailleurs, à organiser les jeunes selon une approche fondée sur les droits humains, à exiger des améliorations du milieu et des conditions de travail dans une perspective de genre, et à étendre ses actions au niveau local et national tout en étendant également son engagement en faveur des jeunes travailleurs au niveau régional et international.

Photo partenaires stratégiques et YCW Nicaragua : Espace de formation

 

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